Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VIII.djvu/569

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II

CHANSON D’ANCÊTRE.


Parlons de nos aïeux sous la verte feuillée.
Parlons des pères, fils ! — Ils ont rompu leurs fers,
Et vaincu ; leur armure est aujourd’hui rouillée.
Comme il tombe de l’eau d’une éponge mouillée,
De leur âme dans l’ombre il tombait des éclairs,
Comme si dans la foudre on les avait trempées.
Frappez, écoliers,
Avec les épées
Sur les boucliers.

Ils craignaient le vin sombre et les pâles ménades ;
Ils étaient indignés, ces vieux fils de Brennus,
De voir les rois passer fiers sous les colonnades,
Les cortèges des rois étant des promenades
De prêtres, de soldats, de femmes aux seins nus,
D’hymnes et d’encensoirs, et de têtes coupées.
Frappez, écoliers,
Avec les épées
Sur les boucliers.

Ils ont voulu, couvé, créé la délivrance ;
Ils étaient les titans, nous sommes les fourmis ;
Ils savaient que la Gaule enfanterait la France ;
Quand on a la hauteur, on a la confiance ;
Les montagnes, à qui le rayon est promis,
Songent, et ne sont point par l’aurore trompées.
Frappez, écoliers,
Avec les épées
Sur les boucliers.