Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/134

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leurs souffles se mêlaient. Les colombes du toit,
les entendant venir, fuirent à tire-d’ aile.
— où donc est la colombe ? Où donc est l’ hirondelle ?
Dit Lise ; et Pierre dit tout bas : --ô ma beauté,
les oiseaux sont partis, mais l’ amour est resté.
Des roses emplissaient ce nid d’ une odeur d’ ambre ;
elle entra rougissante… --


Nadir.

à l’ angle de la chambre,
le vieux Satan riait dans sa barbe de bouc.
Lise en ôtant ses bas chantait l’ air de Malbrouck.


Zénith.

Jacque, après son travail, las, brûlé par le hâle,
rentrait chez lui, son pain sous son bras. Maigre et pâle,
une femme passait, son enfant à la main.
— du pain ! Cria l’ enfant. --la mère dit : --demain.
L’ enfant ploya son front comme l’ oiseau son aile.
— je ne crois pas en Dieu ; mon fils a faim ! Dit-elle.
Le pauvre doux enfant dit : --mère, ce n’ est rien. --
Jacques donna son pain. ô Jacques, tu fis bien.
Pour que la mère croie, il faut que l’ enfant mange.


Nadir.

Le mioche était horrible et monstrueux. Cet ange
louchait ; il ressemblait vaguement à Dupin ;
et, pendant qu’ il mangeait, son nez noyait son pain.


Zénith.

L’ œil de chair ment. L’ esprit, c’ est l’ unique prunelle.
Les prophètes muraient leur grotte solennelle,
et, dans l’ ombre engloutis, vivaient dans la clarté.
L’ âme ignore la nuit comme la cécité.
L’ âme voit à travers les paupières fermées.
ô pures visions des choses innommées !
Majesté du voyant que l’ esprit seul conduit,