Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/17

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Je vis les quatre vents passer.

Je vis les quatre vents passer. — Ô vents, leur dis-je,
Vents des cieux ! croyez-vous avoir seuls un quadrige ?
Autans ! Masques hagards, tumultueux démons,
Croyez-vous pouvoir seuls aller des mers aux monts ?
Croyez-vous seuls pouvoir quitter pour la montagne
Les vagues que l’écume éternelle accompagne,
Fuir, puis, d’un coup de tête effrayant, revenir
À l’ombre où l’on entend ces cavales hennir,
Et vous en retourner soudain, brusques méduses,
Aux cimes dans l’aurore éclatante diffuses,
Et de là crier Gloire ! aux quatre coins du ciel ?
Ces allures d’éclair, ce vol torrentiel,
L’esprit humain les a comme vous, vents tragiques ;
Comme vous le printemps, il a ses géorgiques ;
Il est l’âcre Archiloque et le Hamlet amer ;
Il gonfle l’Iliade ainsi que vous la mer.
L’homme peut de l’abîme effarer la prunelle.
L’âme a comme le ciel quatre souffles en elle ;
L’âme a ses pôles ; l’âme a ses points cardinaux.
Vents ! dragons qui sur nous tordez vos bleus anneaux,
Et qui vous dispersez avec tant de furie
Depuis le hurlement jusqu’à la rêverie,
L’esprit humain n’est pas moins aquilon que vous.
Comme vous il est vie, amour, joie et courroux.