Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/263

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Dieu ne frappe qu’en haut. Infimes que nous sommes !
Oh ! Disais-je, qu’ils sont heureux, tous ces grands hommes !
Eschyle a son exil et Job a son fumier.
Caton est le lion, le sort est le limier.
C’est le fier ornement de la guerre civile,
Que tous ces grands bannis qui vont de ville en ville.
Verser son âme au monde et son sang aux pavés,
C’est grand ; et les élus, ce sont les éprouvés.
Ils marchent, couronnés d’un mystérieux lustre.
Oh ! Parmi tous heureux et parmi tous illustre
Celui que la tempête a choisi pour amant !
Dans l’immense beauté du supplice infamant
Des auréoles d’or tremblent sur les génies.
Quel que soit dans l’histoire, amas de gémonies,
Le siècle qui les ait tenus sous ses barreaux,
Les hommes glorieux, les sages, les héros,
Sont tous contemporains de l’adversité sombre.
Démosthène chassé parle à Milton dans l’ombre ;
Phidias expulsé rencontre Dante errant.
Phidias dit : le vrai ! Dante répond : le grand !
Destins pareils ! Ô gloire ! Ô pléiade splendide !
Hérodote en exil suivi par Thucydide !
Thémistocle épervier, Aristide alcyon !
Ô les quatre-vingts ans du grave Phocion !
C’est marque de grandeur dans ce monde où l’on erre
Que d’être, ô cieux profonds, balafré du tonnerre !
Caucase est lumineux sous l’éternel mourant.
Trombe, le vent est beau ; l’onde est belle, torrent.
Je t’admire, ô ciguë, échafaud, je t’envie.
Quelle sublime porte à sortir de la vie
Que celle où se courba Danton, âpre titan !
Le chasseur d’aigles dit au passereau : va-t’en !
Et les événements, comme d’altiers molosses,