Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/294

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Les anges effarés viennent voir notre cage,
Et se disent : " - Vois donc celui-ci, celui-là,
Voici Tibère, une hydre au fond d’un marécage ;
Regarde le Malthus auprès de l’Attila. " -

Ils répètent entre eux les noms dont on nous nomme,
Mêlés à d’autres noms que nous ne savons pas.
Ils disent : " - C’est donc là ce qu’on appelle l’homme !
Une main dans le crime, un pied dans le trépas.

Voici l’orgueil ; voici le dol ; voici l’envie ;
Ce sont les plus mauvais qui sont les plus nombreux.
Ils rôdent dans la fosse immense de la vie,
Et la terre tressaille à leur pas ténébreux.

Le faible est sous leurs pieds comme un grain sous les meules.
Voyez ! Ils sont l’horreur, l’effroi, le mal sans frein ;
Ces cœurs sont des dragons, ces esprits ont des gueules,
Ces âmes à l’œil fauve ont des griffes d’airain.

Ceci, c’est le Judas ; cela, c’est le Zoïle ;
Tous deux dans la nuit lâche on les voit se glisser ;
L’un baise et l’autre mord ; et, sanglante, âpre et vile,
La dent grince et rugit, jalouse du baiser.

Ce maître foule aux pieds la femme sans défense,
Ou, limace du cœur, bave sur son printemps.
Ce vieux, pour s’enrichir, lie au travail l’enfance
Et rive à ce boulet des forçats de huit ans ;

Il leur fait du labeur tourner la sombre roue,
Et, gorgé d’or, se vautre en tous ses appétits