Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/317

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Oh ! Quoique je sois, sur la grève,
Le flocon d’écume qui fuit,
Quoique je n’aie en moi qu’un rêve,
Quoique je sois poussière et nuit,

Quoique je sois un peu de boue,
Un ver parmi les vers humains,
Écrasé par ces tours de roue
Qu’on appelle les lendemains,

Quoique le mal m’ait dans sa serre,
Quoique je sois nu, faible, obscur,
Quoique je sois fait de misère
Et que tu sois faite d’azur,

Sans fléchir dans ta confiance,
Sans te rebuter dans ta foi,
Sainte servante, conscience
Tu vas dans l’ombre devant moi !

Tu vas devant moi, toujours prête,
Et tu me montres le chemin ;
Le voile du sort sur ta tête,
La lampe de Dieu dans ta main !

Tu me dis : ― Ta croix te réclame.
Debout ! C’est ailleurs qu’on s’assied. ―
Tu me dis : ― Cache ici ton âme.
Tu me dis : ― Pose ici ton pied.

Tu dis : ― La tristesse est meilleure.
L’ombre et le deuil sont nos amis. ―