Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/327

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



 
L’ombre ici-bas la moins transparente, c’est l’âme.

L’homme est l’énigme étrange et triste de la femme,
Et la femme est le sphinx de l’homme. Sombre loi !
Personne ne connaît mon gouffre, excepté moi.
Et moi-même, ai-je été jusqu’au fond ? Mon abîme
Est sinistre, surtout par le côté sublime ;
Et l’hydre est là, tenant mon âme, et la mordant.
Toutes nos passions sont des bêtes rôdant
Dans la lividité des blêmes crépuscules.
L’homme le plus semblable aux antiques Hercules,
Égal par sa stature aux noirs événements,
Qui dompte la fortune en ses poings incléments,
Et fait au sort jaloux l’effet d’un belluaire,
Cet homme, s’il rencontre une femme, veut plaire,
Tombe à genoux, adore et tremble, et ce vainqueur
Du destin est toujours le vaincu de son cœur.

Tout nous ment ! L’âtre est noir, la patrie est ingrate.
Prêtre, pense à Jésus ; juge, pense à Socrate.
L’homme rend la justice ainsi qu’il joue aux dés.
Quand, tour à tour, et l’un après l’autre, accoudés
Au même livre, on a tourné les mêmes pages,
On meurt. Qu’est-ce que c’est que vos aréopages,
Conciles et sénats, conclaves et divans ?

Le poète apparaît au milieu des vivants,
Et, lapidé, s’en va de la terre fatale,
Laissant derrière lui, comme une trace pâle,
L’éternelle beauté du vers mystérieux.
L’homme qui l’insulta le met au rang des dieux.
Et puis ? Un autre esprit vient. L’homme recommence.