Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/368

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III


Vents, vous travaillerez à ce travail sublime ;
Ô vents sourds, qui jamais ne dites : c’est assez !
Vous mêlerez la pluie amère de l’abîme
À ses noirs cheveux hérissés.

Vous le fortifierez de vos rudes haleines ;
Vous l’accoutumerez aux luttes des géants ;
Vous l’effaroucherez avec vos bouches pleines
De la clameur des océans.

Et vous lui porterez, vents, du fond des campagnes,
Vents, vous lui porterez du fond des vastes eaux,
Le frisson des sapins de toutes les montagnes
Et des mâts de tous les vaisseaux.

Afin qu’il soit robuste, invincible, suprême,
Et qu’il n’ait peur de rien au bord de l’infini !
Afin qu’étant bâti par les destructeurs même,
Des maudits même il soit béni !

Afin qu’il soit sacré pour la mer sa voisine,
Que sa rumeur s’effeuille en ineffables mots,
Et qu’il grandisse, ayant la nuit dans sa racine
Et l’aurore dans ses rameaux !



IV


Oh ! Qu’il croisse ! Qu’il monte aux cieux où sont les flammes !
Qu’il ait toujours moins d’ombre et toujours plus d’azur,
Cet arbre, en qui, pieux, penchés, vidant nos âmes,
Nous mettons tout l’homme futur !