Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/391

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En regardant, du fond du néant qui le couvre,
D’un côté Notre-Dame et de l’autre le Louvre ?

Oh ! Ces enfantements et ces créations,
Ces rencontres de l’âme avec les visions
Pèsent sur le génie, et, le courbant à terre,
Le penchent du côté le plus noir du mystère.
Du jour où tout ce monde étrange t’apparut,
Des passions d’en bas râlant l’horrible rut,
T’apportant des douleurs la sublime démence,
Ô sculpteur, à partir de cet instant immense,
Ta pensée à jamais fut mêlée à la nuit !

Homme grand parmi ceux qu’une flamme conduit,
Oui, maître, ce fut là ta puissance et ta gloire :
Aux princes effarés de force et de victoire,
Au pouvoir ignorant les devoirs et les droits,
Au palais sidéral des reines et des rois,
À l’immense colosse impérial qui lève
Sa tête dans l’éclair du vertige et du rêve,
Au trône sombre ayant pour dais le firmament,
Au monarque, tu fis le grand soubassement,
L’homme ; sous le tyran tu mis la multitude !
Les puissants rayonnaient dans leur haute attitude,
Confiants, sûrs du vent, sûrs du flot, sûrs du port ;
Toi, grave et dédaigneux, tu donnas pour support
À leur calme, à leur joie, à leur crime, à leurs fêtes,
L’hydre cariatide aux millions de têtes ;
Au-dessous de leur gloire, au-dessous de ces noms
Sonnés par la trompette et dits par les canons,
Au-dessous des splendeurs, des vertus proclamées,
Et de la nudité des fières renommées,
Et de tout ce qui crie : Adorez ! Je suis beau !