Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/138

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XXVII J'avais dans ma mansarde


J'avais dans ma mansarde un buste de Platon,
-Ou d'Euclide -un vieux marbre ayant barbe au menton,
Et dans l'oeil. un regard tout.blanc, fixe et morose;
Or ce buste devint amoureux d'une rose.
Qu'au temps où des amours je gazouillais l'argot,
J'avais gaîment cueillie au corset de Margot;
La rose auprès du buste ornait ma cheminée;
Et le buste disait: ô douce fleur fanée,
Si j'étais homme et toi femme, quels bons moments!
Et comme nous ferions une paire d'amants!
La rose répondait: ô le plus beau des marbres,
Si nous étions oiseaux, nous irions sous les arbres,
Et dans les verts rameaux tout pénétrés de jour,
Nous bâtirions un nid où chanterait l'amour!

Je tire de ceci deux maximes fort justes
Ne point s'exagérer la sagesse des bustes,
Eussent-ils l'oeil d'Euclide et le nez de Platon,
Et cueillir, quand. on peut, des fleurs sur Margoton.

Nuit du 13 au 14 janvier 1859.

== XXVIII