Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/21

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À cette heure indécise où le jour va mourir,
Où tout s'endort, le coeur oubliant de souffrir,
Les oiseaux de chanter et les troupeaux de paître,
Que de fois sous mes yeux un chariot champêtre,
Groupe vivant de.bruit, de chevaux.et-de voix,
A gravi sur le flanc du coteau dans les bois
Quelque route creusée entre les ocres jaunes,
Tandis que près d'une eau qui fuyait sous les aulnes,
Seul, j'écoutais gémir dans les brumes du soir
Une cloche enrouée au fond d'un vallon noir!
Que de fois épiant la rumeur des chaumières,
Le brin d'herbe moqueur qui siffle entre deux pierres,
Le cri plaintif du soc, gémissant et traîné,
Le nid qui jase au fond du cloître ruiné
D'où l'ombre se répand sur les tombes des moines,
Le champ doré par l'aube où causent les avoines
Qui pour vous voir passer, comme un peuple ravi,
Au bord du chemin creux se penchent à l'envi,
L'abeille qui tout bas chante et parle à la rose,
Parmi tous ces'. objets. dont l'être se compose,
Que de fois j'ai rêvé, triste et parfois heureux,
Tâchant de m'expliquer ce qu'ils disaient entre eux!