Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/297

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CHARLES NODIER *==

Je l’ai lu, ton beau poème.
Tes sept châteaux de Bohême,
C’est un legs rare et suprême
Que tu tiens, en fils pieux,
D’Yorick qui l’eut de son père
Rabelais, bâtard d’Homère, - -
Lequel était fils des,Dieux.
C’est là, Nodier; ta famille.
Moi, j’édifie en Castille.
Une bien frêle bastille
Que bientôt fera plier
Le peuple au front de bélier.
Mais qu’Hernani tienne ou croule !
Qu’importe à tes sept donjons,
Qu’en vain viendront battre en foule
Maintes ailes de pigeons !
Ils vivront. Leur garde est forte,
Ta gloire veille à leur porte.
Quoi donc! il me vient de toi,
Ce livre charmant que j’aime !
Quoi ! sept châteaux de Bohême !
Don de poète ou de roi!
En échange t’offrirai-je ’
Ma tour qu’un parterre assiège?
Hélas; pour tes sept châteaux
Qui du front de leurs coteaux
Dominent sur la campagne,
Moi, dont Jodelle est l’aïeul,
Je ne t’en promets qu’un seul.
Encore est-il en Espagne !

  • En 1829 (octobre) on commençait à répéter Hernani au Théâtre-Français. Charles

Nodier publia le Roi de Bohême et ses sept châteaux et m’envoya le livre. Je lui répondis par ce billet. (Note de Victor Hugo.)

II Ami z,


Ami z, tu m’es présent en cette solitude.
Quand le ciel, mon problème, et l’homme, mon étude,
Quand le travail, ce maître auguste et sérieux,
Quand les songes sereins, profonds, impérieux,
Qui tiennent jour et nuit ma pensée en extase,
Me laissent, dans cette ombre où Dieu souffle et m’embrase,
Un instant dont je puis faire ce que je veux,