Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/315

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Les bois, les monts, les prés, ont pour notre pauvre âme
Un étrange pouvoir de mise en liberté.
O matin, triomphante et sereine clarté !
Délivrance de l’aube et du jour qui se lève !
Évanouissement subit de tout le rêve !
Comme les vils soucis de la terre s’en vont !
Comme on devient un être ineffable et profond !
Comme on quitte sa peau de souffrance et de haine !
Dieu bon! comme on sent bien son aile et peu sa chaîne !
On ne se souvient plus que quelqu’un est proscrit ;
Les Te Deum chantés-par Satan qui sourit,
La splendeur du méchant heureux que l’un attise
Avec sa lâcheté, l’autre avec sa bêtise,
Le bien, songe avorté, le mal, fait accompli,
Oh ! comme tout cela n’est plus qu’un tas d’oubli,
Comme on n’a plus dans l’âme une place meurtrie,
Comme rien n’est exil, comme tout est patrie,
Dès qu’on s’en est allé se promener aux champs,
Parmi les fleurs, au fond des rayons et des chants,
Dans la nature immense, étoilée, embrasée,
Et sitôt qu’on a mis les pieds dans la rosée !

Serk, 30 mai. La Coupée, 8 h. 1/2 du matin [1859].