Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/395

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LXXV À ANDRÉ CHÉNIER


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Tout à coup j’entendis s’éveiller ma voisine.
J’avais seize ans, bel âge où tous les chérubins
Rôdent, tâchant de voir par les vitres des bains,
Où la soutane est lourde et brûle les lévites,
L’âge que vous aviez, mon André, quand vous vîtes
Un beau matin, du fond de son réduit obscur,
Grâce à ces accidents de terrain ou de mur
Que le hasard nous offre avec quelque avarice,
Sortir du lit Myrrha, qui s’appelait Clarisse ;
Bref, je fis comme vous, mon doux André Chénier,
Et j’appliquai mon oeil aux fentes du grenier.
Elle bâillait, laissant entrevoir ses épaules ;
Puis, comme une naïade ondoyant sous les saules,
Par je ne sais quel brusque et naïf mouvement,
Rapide, elle écarta son drap si vaguement
Que l’oeil ne savait pas si ce charmant manège
Découvrait de la chair ou montrait de la neige.
L’aube, à côté de nous, dorait le vieux portail ;
Elle regarda l’aube ; - ici, Muse, un détail.