Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/429

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Où l’azur t’apparaît, tu trouveras le deuil.

Vois : ce génie ayant pour épouse la grâce,
Cet être à qui la femme en souriant s’enlace,
Cet élu de la force et de la majesté,
Par l’aigle et le lion à peine contesté,
Ce front craint des serpents qui rampent sur leurs ventres,
Cet éblouissement des bêtes dans les antres,
Ce souverain de l’eau, de la terre et du feu,
Grand,-fier, obéissant pourtant à son milieu,
Pris par la pesanteur, loi de sa sphère, et chaîne
De son globe qui passe avec un bruit de haine,
L’homme, avec ses besoins de la chair et des sens,
Avec ses appétits du fumier renaissants,
De la honte secrète incurable piqûre,
Rappel perpétuel à la bassesse obscure,
Avec son sang fatal, âcre et noir, dont ses moeurs,
Ses croyances, ses dieux, ses lois sont les tumeurs,
Avec le doute affreux que son regard reflète,
Et ses fièvres, ses maux, ses pleurs, et son squelette,
Spectre qui vaguement se dessine à son flanc,
Et son vil alambic d’entrailles, distillant
Le cloaque, et, hideux, souillant même la fange,
L’homme, roi pour la brute, est un forçat pour l’ange.

De là toutes vos soifs d’idéal et de beau,
Et l’aspiration des jtistes au tombeau.
Et l’ange, ce gardien des races planétaires,
Lumineux visiteur de lunes et de terres;
Comme vous d’une terre,’ habitant d’un soleil,
Ayant pour vol l’éclair de son rayon vermeil,
Pour domaine l’azur qu’il échauffe, et pour borne
Le point où ce rayon s’éteint dans l’éther morne,