Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/347

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Ses nuits étaient affreuses. Depuis qu’il savait l’égyptienne vivante, les froides idées de spectre et de tombe qui l’avaient obsédé un jour entier s’étaient évanouies, et la chair revenait l’aiguillonner. Il se tordait sur son lit de sentir la brune jeune fille si près de lui.

Chaque nuit, son imagination délirante lui représentait la Esmeralda dans toutes les attitudes qui avaient le plus fait bouillir ses veines. Il la voyait étendue sur le capitaine poignardé, les yeux fermés, sa belle gorge nue couverte du sang de Phœbus, à ce moment de délice où l’archidiacre avait imprimé sur ses lèvres pâles ce baiser dont la malheureuse, quoique à demi morte, avait senti la brûlure. Il la revoyait déshabillée par les mains sauvages des tortionnaires, laissant mettre à nu et emboîter dans le brodequin aux vis de fer son petit pied, sa jambe fine et ronde, son genou souple et blanc. Il revoyait encore ce genou d’ivoire resté seul en dehors de l’horrible appareil de Torterue. Il se figurait enfin la jeune fille en chemise, la corde au cou, épaules nues, pieds nus, presque nue, comme il l’avait vue le dernier jour. Ces images de volupté faisaient crisper ses poings et courir un frisson le long de ses vertèbres.

Une nuit entre autres, elles échauffèrent si cruellement dans ses artères son sang de vierge et de prêtre qu’il mordit son oreiller, sauta hors de son lit, jeta un surplis sur sa chemise, et sortit de sa cellule, sa lampe à la main, à demi nu, effaré, l’œil en feu.

Il savait où trouver la clef de la Porte-Rouge qui communiquait du cloître à l’église, et il avait toujours sur lui, comme on sait, une clef de l’escalier des tours.