Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/349

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Elle était subjuguée, palpitante, brisée, entre ses bras, à sa discrétion. Elle sentait une main lascive s’égarer sur elle. Elle fit un dernier effort, et se mit à crier : — Au secours ! à moi ! un vampire ! un vampire !

Rien ne venait. Djali seule était éveillée, et bêlait avec angoisse.

— Tais-toi ! disait le prêtre haletant.

Tout à coup, en se débattant, en rampant sur le sol, la main de l’égyptienne rencontra quelque chose de froid et de métallique. C’était le sifflet de Quasimodo. Elle le saisit avec une convulsion d’espérance, le porta à ses lèvres, et y siffla de tout ce qui lui restait de force. Le sifflet rendit un son clair, aigu, perçant.

— Qu’est-ce que cela ? dit le prêtre.

Presque au même instant il se sentit enlever par un bras vigoureux ; la cellule était sombre, il ne put distinguer nettement qui le tenait ainsi ; mais il entendit des dents claquer de rage, et il y avait juste assez de lumière éparse dans l’ombre pour qu’il vît briller au-dessus de sa tête une large lame de coutelas.

Le prêtre crut apercevoir la forme de Quasimodo. Il supposa que ce ne pouvait être que lui. Il se souvint d’avoir trébuché en entrant contre un paquet qui était étendu en travers de la porte en dehors. Cependant, comme le nouveau venu ne proférait pas une parole, il ne savait que croire. Il se jeta sur le bras qui tenait le coutelas en criant : — Quasimodo ! Il oubliait, en ce moment de détresse, que Quasimodo était sourd.

En un clin d’œil le prêtre fut terrassé, et sentit un genou de plomb s’appuyer sur sa poitrine. À l’empreinte anguleuse de ce genou, il reconnut Quasimodo. Mais que faire ? comment de son côté être reconnu de lui ? la nuit faisait le sourd aveugle.

Il était perdu. La jeune fille, sans pitié, comme une tigresse irritée, n’intervenait pas pour le sauver. Le coutelas se rapprochait de sa tête. Le moment était critique. Tout à coup son adversaire parut pris d’une hésitation. — Pas de sang sur elle ! dit-il d’une voix sourde.

C’était en effet la voix de Quasimodo.

Alors le prêtre sentit la grosse main qui le traînait par le pied hors de la cellule. C’est là qu’il devait mourir. Heureusement pour lui, la lune venait de se lever depuis quelques instants.

Quand ils eurent franchi la porte de la logette, son pâle rayon tomba sur la figure du prêtre. Quasimodo le regarda en face, un tremblement le prit, il lâcha le prêtre, et recula.

L’égyptienne, qui s’était avancée sur le seuil de la cellule, vit avec surprise les rôles changer brusquement. C’était maintenant le prêtre qui menaçait, Quasimodo qui suppliait.