Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/342

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Quel est ce mistral que les latins appelaient Circius ? D’où sort ce vent Pontias, une des Sept Merveilles historiques et naturelles du Dauphiné ? D’où vient ce vent de Pas qui stupéfiait Depping ? Quelles bouches obscures soufflent toutes ces haleines redoutées, la bise, la baroussière, la tramontane, le cavalier, le marin, le garbin, le vaccarion ? De quelle nature sont les tourmentes, ces effrayants engrenages de l’eau et du vent ? Pourquoi le semoun ? Pourquoi le samour ? Pourquoi le kamsin ? Pourquoi ce vent que le désert envoie à l’océan et qui est visible parce qu’il est rouge ? Pourquoi la rafale périodique du cap Guardafù ? Pourquoi le Vent Serpent de PAbyssinie qui se replie sur lui-même et se tord de la mer au ciel ? Pourquoi le typhon du Coromandel ? Pourquoi le sirocco de la Méditerranée ? Sont-ce des mêmes poumons invisibles que sortent le Tornado d’Afrique et le Pampero d’Amérique ? Des équilibres quelconques sont-ils mêlés à ces forces ? Quel rapport y a-t-il entre le naufrage et les petites nuées noires de la Guinée ? A quelle formule soumettre les souffles singuliers des îles Tristan d’Acunha et de la terre de Nahal ? Pourquoi, dans de certains parages, faut-il redouter de voir le cirrus, le plus haut des nuages, que les matelots appellent queue de chat, et qui ressemble à la balayure de quelque immense oiseau plumé ? Qu’est-ce que les circum-cumuli qui entourent l’horizon d’une cohue de casques gigantesques que le couchant fait de cuivre rouge ? Qu’est-ce que les circum-strati, coupés en lames comme avec une scie, larges îles de l’air dont on voit le dessous ? A quelle géométrie obéissent tous ces tumultueux entassements d’or, de nacre et d’ombre, parfois exhaussés sur des gradins de pourpre, mêlés de manteaux d’azur et de pans étoiles, que nous appelons les nuages ? D’où viennent-ils ? où vont-ils ? que font-ils ? Quelle quantité de nécessité y a-t-il dans ces caprices apparents ? Quelle est la loi qui élève, échafaude, emporte, roule et précipite dans les profondeurs tous ces trônes du vent ? Qu’est-ce que cet étrange spectre solaire qui apparaît de temps en temps au cap de Bonne-Espérance, au-dessus de la montagne de la Table, circulaire, peint de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, enfoncé pourtant et comme caché dans les brouillards, abrité sous un sourcil de nuées, espèce d’oeil terrible qui regarde la mer jusqu’à ce qu’elle devienne monstrueuse,