Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/410

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croire.

La connaissance de Dieu n’est donnée à personne ; la notion de Dieu est donnée à tous.

Chacun a la goutte d’eau ; personne n’a l’océan.

Si je pouvais expliquer le mal, je pourrais expliquer Dieu ; si je pouvais expliquer Dieu, je serais Dieu.

Mettez un aveugle au soleil ; il ne le verra pas, mais il le sentira. Tiens, dira-t-il, j’ai chaud. C’est ainsi que nous sentons, sans le voir, l’être absolu. Il y a une chaleur de Dieu.

L’argument du mal ne saurait donc être sainement invoqué ; il fait partie de l’incompréhensible : Quand vous m’aurez expliqué l’infini, je vous expliquerai l’incompréhensible.

Prouver Dieu, oui. L’expliquer, non.


Qu’entendez-vous par ce mot : Dieu miséricordieux ? Contentez-vous de ceci : l’absolu est juste. Le monde n’a qu’une loi : l’équilibre. Que fait la lumière sur le marais ? elle extrait et enlève tout ce qui est eau pure, mêle ces limpides atomes au ciel et en fait des perles de rosée pour les fleurs. Vous représentez-vous le résidu de l’étang, la fange, la pourriture et les détritus, criant : lumière ! fais-nous grâce ! lumière clémente, prends-nous avec toi et emporte-nous dans les roses !

Eh bien, il n’y a pas deux procédés, l’un pour la lumière, l’autre pour la justice. Équité et clarté sont identiques. Ce que le soleil fait sur le marais, au moment de la mort, la justice le fait sur les hommes. Elle extrait et attire à elle tout ce qu’elle peut s’assimiler, tout ce qui est en équilibre avec elle-même, tous les moi restés justes, tout ce dont elle peut faire des gouttes de rosée céleste pour les fleurs paradisiaques. Elle pompe le pur de l’âme et laisse le reste. Le mal lui résiste par son propre poids et demeure en bas. Quant au remords, quant au repentir, étant d’essence éthérée, ils ont en eux-mêmes une puissance d’ascension. La rentrée d’une âme pénitente dans la lumière, ce n’est pas clémence, c’est justice. L’eau purifiée est l’égale céleste de l’eau pure. C’est donc vers votre propre cœur qu’il faut vous tourner ; regrettez le mal que vous avez fait ; tout est là. Dieu ne se mêle de vos actions que pour être juste. Quand vous vous repentez, c’est vous-même qui vous faites grâce.