Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/168

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— Marat, c’est que le décret est en désuétude.

— Chabot, il faut le remettre en vigueur.

— Sans doute.

— Et pour cela parler à la Convention.

— Marat, la Convention n’est pas nécessaire ; le Comité de salut public suffit.

— Le but est atteint, ajouta Montaut, si le Comité de salut public fait placarder le décret dans toutes les communes de la Vendée, et fait deux ou trois bons exemples.

— Sur les grandes têtes, reprit Chabot. Sur les généraux.

Marat grommela : — En effet, cela suffira.

— Marat, repartit Chabot, va toi-même dire cela au Comité de salut public.

Marat le regarda entre les deux yeux, ce qui n’était pas agréable, même pour Chabot.

— Chabot, dit-il, le Comité de salut public, c’est chez Robespierre ; je ne vais pas chez Robespierre.

— J’irai, moi, dit Montaut.

— Bien, dit Marat.

Le lendemain était expédié dans toutes les directions un ordre du Comité de salut public enjoignant d’afficher dans les villes et villages de Vendée et de faire exécuter strictement le décret portant peine de mort contre toute connivence dans les évasions de brigands et d’insurgés prisonniers.

Ce décret n’était qu’un premier pas ; la Convention devait aller plus loin encore. Quelques mois après, le 11 brumaire an ii (novembre 1793), à propos de Laval qui avait ouvert ses portes aux Vendéens fugitifs, elle décréta que toute ville qui donnerait asile aux rebelles serait démolie et détruite.

De leur côté, les princes de l’Europe, dans le manifeste du duc de Brunswick, inspiré par les émigrés et rédigé par le marquis de Linnon, intendant du duc d’Orléans, avaient déclaré que tout Français pris les armes à la main serait fusillé, et que, si un cheveu tombait de la tête du roi, Paris serait rasé.

Sauvagerie contre barbarie.