Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/233

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de vingt-quatre compagnies de pionniers pour incendier les haies et les clôtures du Bocage. Crise inouïe. La guerre ne cessait sur un point que pour recommencer sur l’autre. Pas de grâce ! pas de prisonniers ! était le cri des deux partis. L’histoire était pleine d’une ombre terrible.

Dans ce mois d’août, la Tourgue était assiégée.

Un soir, pendant le lever des étoiles, dans le calme d’un crépuscule caniculaire, pas une feuille ne remuant dans la forêt, pas une herbe ne frissonnant dans la plaine, à travers le silence de la nuit tombante, un son de trompe se fit entendre. Ce son de trompe venait du haut de la tour.

À ce son de trompe répondit un son de clairon qui venait d’en bas.

Au haut de la tour il y avait un homme armé ; en bas, dans l’ombre, il y avait un camp.

On distinguait confusément dans l’obscurité autour de la Tour-Gauvain un fourmillement de formes noires. Ce fourmillement était un bivouac. Quelques feux commençaient à s’y allumer sous les arbres de la forêt et parmi les bruyères du plateau, et piquaient çà et là de points lumineux les ténèbres, comme si la terre voulait s’étoiler en même temps que le ciel. Sombres étoiles que celles de la guerre ! Le bivouac du côté du plateau se prolongeait jusqu’aux plaines et du côté de la forêt s’enfonçait dans le hallier. La Tourgue était bloquée.

L’étendue du bivouac des assiégeants indiquait une troupe nombreuse.

Le camp serrait la forteresse étroitement, et venait du côté de la tour jusqu’au rocher et du côté du pont jusqu’au ravin.

Il y eut un deuxième bruit de trompe que suivit un deuxième coup de clairon.

Cette trompe interrogeait et ce clairon répondait.

Cette trompe, c’était la tour qui demandait au camp : Peut-on vous parler ? et ce clairon, c’était le camp qui répondait : Oui.

À cette époque, les vendéens n’étant pas considérés par la Convention comme belligérants, et défense étant faite par décret d’échanger avec les « brigands » des parlementaires, on suppléait comme on pouvait aux communications que le droit des gens autorise dans la guerre ordinaire et interdit dans la guerre civile. De là, dans l’occasion, une certaine entente entre la trompe paysanne et le clairon militaire. Le premier appel n’était qu’une entrée en matière, le second appel posait la question : Voulez-vous écouter ? Si, à ce second appel, le clairon se taisait, refus ; si le clairon répondait, consentement. Cela signifiait : Trêve de quelques instants.

Le clairon ayant répondu au deuxième appel, l’homme qui était au haut de la tour parla, et l’on entendit ceci :

« — Hommes qui m’écoutez, je suis Gouge-le-Bruant, surnommé Brise-