Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/235

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« Maintenant vous préparez l’assaut.

« Et nous, d’abord monseigneur le marquis, qui est prince de Bretagne et prieur séculier de l’abbaye de Sainte-Marie de Lantenac, où une messe de tous les jours a été fondée par la reine Jeanne, ensuite les autres défenseurs de la tour, dont est monsieur l’abbé Turmeau, en guerre Grand-Francœur, mon camarade Guinoiseau, qui est capitaine du Camp-Vert, mon camarade Chante-en-Hiver, qui est capitaine du camp de l’Avoine, mon camarade la Musette, qui est capitaine du camp des Fourmis, et moi, paysan, qui suis né au bourg de Daon, où coule le ruisseau Moriandre, nous tous, nous avons une chose à vous dire.

« Hommes qui êtes au bas de cette tour, écoutez.

« Nous avons en nos mains trois prisonniers, qui sont trois enfants. Ces enfants ont été adoptés par un de vos bataillons, et ils sont à vous. Nous vous offrons de vous rendre ces trois enfants.

« À une condition.

« C’est que nous aurons la sortie libre.

« Si vous refusez, écoutez bien, vous ne pouvez attaquer que de deux façons, par la brèche, du côté de la forêt ; ou par le pont, du côté du plateau.

Le bâtiment sur le pont a trois étages ; dans l’étage d’en bas, moi l’Imânus, moi qui vous parle, j’ai fait mettre six tonnes de goudron et cent fascines de bruyères sèches ; dans l’étage d’en haut, il y a de la paille ; dans l’étage du milieu, il y a des livres et des papiers ; la porte de fer qui communique du pont avec la tour est fermée, et monseigneur en a la clef sur lui ; moi, j’ai fait sous la porte un trou, et par ce trou passe une mèche soufrée dont un bout est dans une des tonnes de goudron et l’autre bout à la portée de ma main, dans l’intérieur de la tour ; j’y mettrai le feu quand bon me semblera. Si vous refusez de nous laisser sortir, les trois enfants seront placés dans le deuxième étage du pont, entre l’étage où aboutit la mèche soufrée et où est le goudron et l’étage où est la paille, et la porte de fer sera refermée sur eux.

Si vous attaquez par le pont, ce sera vous qui incendierez le bâtiment ; si vous attaquez par la brèche, ce sera nous ; si vous attaquez à la fois par la brèche et par le pont, le feu sera mis à la fois par vous et par nous ; et, dans tous les cas, les trois enfants périront.

« À présent, acceptez ou refusez.

« Si vous acceptez, nous sortons.

« Si vous refusez, les enfants meurent.

« J’ai dit. » —

L’homme qui parlait du haut de la tour se tut.

Une voix d’en bas cria :

— Nous refusons.