Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/245

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toutes grandes les six fenêtres de la bibliothèque. C’était une nuit d’été, bleue et tiède.

Il envoya les frères Pique-en-Bois ouvrir les fenêtres de l’étage inférieur et de l’étage supérieur. Il avait remarqué, sur la façade orientale de l’édifice, un grand vieux lierre desséché, couleur d’amadou, qui couvrait tout un côté du pont du haut en bas et encadrait les fenêtres des trois étages. Il pensa que ce lierre ne nuirait pas. L’Imânus jeta partout un dernier coup d’œil ; après quoi, ces quatre hommes sortirent du châtelet et rentrèrent dans le donjon. L’Imânus referma la lourde porte de fer à double tour, considéra attentivement la serrure énorme et terrible, et examina, avec un signe de tête satisfait, la mèche soufrée qui passait par le trou pratiqué par lui, et était désormais la seule communication entre la tour et le pont. Cette mèche partait de la chambre ronde, passait sous la porte de fer, entrait sous la voussure, descendait l’escalier du rez-de-chaussée du pont, serpentait sur les degrés en spirale, rampait sur le plancher du couloir entresol, et allait aboutir à la mare de goudron sous le tas de fascines sèches. L’Imânus avait calculé qu’il fallait environ un quart d’heure pour que cette mèche, allumée dans l’intérieur de la tour, mît le feu à la mare de goudron sous la bibliothèque. Tous ces arrangements pris, et toutes ces inspections faites, il rapporta la clef de la porte de fer au marquis de Lantenac, qui la mit dans sa poche.

Il importait de surveiller tous les mouvements des assiégeants. L’Imânus alla se poster en vedette, sa trompe de bouvier à la ceinture, dans la guérite de la plate-forme, au haut de la tour. Tout en observant, un œil sur la forêt, un œil sur le plateau, il avait près de lui, dans l’embrasure de la lucarne de la guérite, une poire à poudre, un sac de toile plein de balles de calibre, et de vieux journaux qu’il déchirait, et il faisait des cartouches. Quand le soleil parut, il éclaira dans la forêt huit bataillons, le sabre au côté, la giberne au dos, la bayonnette au fusil, prêts à l’assaut ; sur le plateau, une batterie de canons, avec caissons, gargousses et boîtes à mitraille ; dans la forteresse, dix-neuf hommes chargeant des tromblons, des mousquets, des pistolets et des espingoles ; et dans les trois berceaux trois enfants endormis.