Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/340

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qui attaqua le faubourg de Tours et fut blessé au combat d’Arques, et qui mourut grand-veneur de France en sa maison de Couzières en Touraine, âgé de quatrevingt-six ans. Je pourrais vous parler encore du duc de Laudunois, fils de la dame de la Garnache, de Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, et de Henri de Lenoncourt, et de Françoise de Laval-Boisdauphin. Mais à quoi bon ? Monsieur a l’honneur d’être un idiot, et il tient à être l’égal de mon palefrenier. Sachez ceci, j’étais déjà un vieil homme que vous étiez encore un marmot. Je vous ai mouché, morveux, et je vous moucherais encore. En grandissant, vous avez trouvé moyen de vous rapetisser. Depuis que nous ne nous sommes vus, nous sommes allés chacun de notre côté, moi du côté de l’honnêteté, vous du côté opposé. Ah ! je ne sais pas comment tout cela finira, mais messieurs vos amis sont de fiers misérables. Ah ! oui, c’est beau, j’en tombe d’accord, les progrès sont superbes, on a supprimé dans l’armée la peine de la chopine d’eau infligée trois jours consécutifs au soldat ivrogne ; on a le maximum, la Convention, l’évêque Gobel, monsieur Chaumette et monsieur Hébert, et l’on extermine en masse tout le passé, depuis la Bastille jusqu’à l’almanach. On remplace les saints par les légumes. Soit, messieurs les citoyens, soyez les maîtres, régnez, prenez vos aises, donnez-vous-en, ne vous gênez pas. Tout cela n’empêchera point que la religion ne soit la religion, que la royauté n’emplisse quinze cents ans de notre histoire, et que la vieille seigneurie française, même décapitée, ne soit plus haute que vous. Quant à vos chicanes sur le droit historique des races royales, nous en haussons les épaules. Chilpéric, au fond, n’était qu’un moine appelé Daniel ; ce fut Rainfroy qui inventa Chilpéric pour ennuyer Charles Martel ; nous savons ces choses-là aussi bien que vous. Ce n’est pas la question. La question est ceci : être un grand royaume ; être la vieille France ; être ce pays d’arrangement magnifique où l’on considère premièrement la personne sacrée des monarques, seigneurs absolus de l’état, puis les princes, puis les officiers de la couronne, pour les armes sur terre et sur mer, pour l’artillerie, direction et surintendance des finances. Ensuite, il y a la justice souveraine et subalterne, suivie du maniement des gabelles et recettes générales, et enfin la police du royaume dans ses trois ordres. Voilà qui était beau et noblement ordonné ; vous l’avez détruit. Vous avez détruit les provinces, comme de lamentables ignorants que vous êtes, sans même vous douter de ce que c’était que les provinces. Le génie de la France est composé du génie même du continent, et chacune des provinces de France représentait une vertu de l’Europe ; la franchise de l’Allemagne était en Picardie, la générosité de la Suède en Champagne, l’industrie de la Hollande en Bourgogne, l’activité de la Pologne en Languedoc, la gravité de l’Espagne en Gascogne, la sagesse de l’Italie en Provence, la subtilité de la Grèce en Normandie, la fidélité de