Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/392

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Il avait à sa droite, à quelques pas de lui, une autre chaise pareille à la sienne sur laquelle une serviette était jetée, et devant lui, au mur qui lui faisait face, était adossée une autre petite table chargée de vaisselle et garnie de sa chaise également à dossier-lyre. Le garde du corps Paris le frappa, comme on sait, d’un coup de sabre dans le ventre, du côté gauche.

Le sabre était long et droit, le coup fut porté avec la pointe. En cet instant-là, trois personnes seulement qui causaient entre elles et qui étaient debout au milieu de la première salle eussent pu voir par l’arcade ce qui se passait dans la seconde. C’étaient trois hommes. Un de ces hommes (sans doute un habitué de la maison) était nu-tête, le second avait un chapeau rond, le troisième était enveloppé d’un manteau bleu et avait un chapeau à trois cornes ; celui-là tournait le dos à Lepelletier Saint-Fargeau.

Peut-être la dame assise au comptoir, qui était placée vis-à-vis de l’arcade, eût-elle pu aussi voir l’action violente qui s’accomplissait dans la salle voisine, mais elle était occupée dans ce moment à recevoir l’argent et peut-être à écouter les galanteries d’un individu qui venait de dîner et qui allait sortir. Le restaurant Février était décoré, selon la mode du temps, de rinceaux et d’arabesques qui couvraient les murailles du plancher au plafond et qui encadraient çà et là des paysages peints sur de larges panneaux. Quand Paris le frappa, Lepelletier était placé vis-à-vis d’une de ces peintures représentant une espèce de vieux châtelet avec tourelles, et il avait au-dessus de sa tête un autre paysage, d’aspect fort riant, dont le centre était occupé par un groupe de peupliers. Personne n’ignore (car les détails qu’on donne ici sont tous absolument inédits et inconnus, et nous ne voulons pas           [1] ce que tout le monde peut lire dans tous les papiers du temps), personne n’ignore que le dialogue entre Lepelletier et son assassin fut très rapide et très court. — N’êtes-vous pas Lepelletier Saint-Fargeau ? — Oui. — Ne venez-vous pas de voter la mort de Louis XVI ? — Oui. — Après ces deux oui, Paris frappa. Lepelletier Saint-Fargeau était en culotte courte et bas de soie. Il portait un habit à la française, couleur jaune clair, et un gilet rose. Paris était enveloppé d’un grand manteau de couleur brune et avait un chapeau à larges bords rabattu sur les yeux. Sous ces deux costumes, ces deux hommes rappelaient assez bien, l’un le berger, l’autre le brigand d’opéra-comique.


La guillotine, que les italiens appelaient Mamaia, était en usage à Gênes, à Bologne au XVIe siècle, et en Angleterre au XVIIe. Elle s’est appelée en France un instant Louisette ou Louison, du nom du docteur Louis, co-propagateur avec Guillotin.

La première guillotine a été construite par l’allemand Schmitt, faiseur de clavecins. — Le 2 octobre 1791, Louis XVI signa le décret qui ordonnait la construction de cette machine.

La première exécution par la guillotine avait eu lieu le 25 avril 1792, — Quand on essaya la guillotine, on l’essaya d’abord sur un mouton vivant, plus tard sur Louis XVI. — Le premier être vivant que la guillotine ait frappé en France fut un mouton, le premier roi fut Louis XVI.


  1. Le mot manque dans le manuscrit. (Note de l’éditeur.)