Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/399

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soutenues par une longue solive transversale qui passait précisément au-dessus de la tête du roi. Le roi occupait seul le haut bout de la table. Il avait à sa droite la reine et madame Royale, à sa gauche monsieur le dauphin et madame Élisabeth. Le roi et la reine étaient assis sur des fauteuils, madame Royale et madame Élisabeth sur des chaises de paille grossière ; monsieur le dauphin mangeait debout, la table étant trop haute et les chaises trop basses. Cette table était formée de planches posées sur deux tréteaux. Les murs de la salle avaient un aspect délabré ; au-dessus de la porte qui était à plein-cintre et dans le style des portes rustiques du temps de Louis XIII, le plâtre était tombé et laissait dans plusieurs endroits la brique à nu. Le roi faisait face à cette porte ; il avait derrière lui un fauteuil vide, et au-dessus de sa tête, une planche adossée à la muraille supportait des vaisselles et des poteries. Une seule chandelle éclairait la table royale ; le roi était vêtu d’habits de couleur sombre et il avait sur la tête un de ces chapeaux à forme ronde et à larges bords comme nous en voyons encore aujourd’hui aux paysans d’opéra-comique. Le jeune dauphin était en veste avec collet de dentelle ; la reine et madame Royale étaient coiffées d’étroits chapeaux ronds à haute forme conique qui était une mode d’alors ; madame Élisabeth était en bonnet. La table était assez abondamment servie ; le roi seul mangeait avec appétit. Au moment où la porte s’ouvrit brusquement et où la foule armée de torches et de piques fit irruption dans la salle, le roi avait la main sur la bouteille posée à sa droite comme quelqu’un qui va se verser à boire, et il demeura quelques instants dans cette attitude.

(Dicté le 22 août 1842.)

1791. Les tantes du roi. Mesdames de France, voulant fuir, avaient un magot de 12 millions en or dont elles avaient payé chaque louis 29 francs. — Elles s’enfuient. Sont arrêtées à Amay-le-Duc.

Le comte de La Marck, consulté secrètement par Mirabeau sur ce qu’il y a à faire pour les princesses, question de vie et de mort pour elles, répond : — J’ai passé ma nuit à boire. Mes idées ne sont pas bien nettes. Puis il conseille à Mirabeau de faire quelque chose de grand, de monter à la tribune et de défendre ces princesses qui sont des femmes, ces femmes qui sont des citoyennes.

Mirabeau dit : Ce n’est pas si mal vu pour un ivrogne. — Mais n’en fait rien.


Dès le jour de son avènement, Louis XVI est posé sur 93, il s’enfonce doucement dans l’abîme, il s’enlise dans la révolution.


10 août.

Louis XVI, pressé par Rœderer, dit : Allons à l’Assemblée. Il y va. En route il prend le chapeau d’un garde national et le met sur sa tête en place de son chapeau