Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/77

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— Où reverrai-je monseigneur ?

— Où je serai.

— Comment le saurai-je ?

— Parce que tout le monde le saura. Avant huit jours on parlera de moi, je ferai des exemples, je vengerai le roi et la religion, et tu reconnaîtras bien que c’est de moi qu’on parle.

— J’entends.

— N’oublie rien.

— Soyez tranquille.

— Pars maintenant. Que Dieu te conduise. Va.

— Je ferai tout ce que vous m’avez dit. J’irai. Je parlerai. J’obéirai. Je commanderai.

— Bien.

— Et si je réussis…

— Je te ferai chevalier de Saint-Louis.

— Comme mon frère ; et si je ne réussis pas, vous me ferez fusiller.

— Comme ton frère.

— C’est dit, monseigneur.

Le vieillard baissa la tête et sembla tomber dans une sévère rêverie. Quand il releva les yeux, il était seul. Halmalo n’était plus qu’un point noir s’enfonçant dans l’horizon.

Le soleil venait de se coucher.

Les goëlands et les mouettes à capuchon rentraient ; la mer c’est dehors.

On sentait dans l’espace cette espèce d’inquiétude qui précède la nuit ; les rainettes coassaient, les jaquets s’envolaient des flaques d’eau en sifflant, les mauves, les freux, les carabins, les grolles, faisaient leur vacarme du soir ; les oiseaux de rivage s’appelaient ; mais pas un bruit humain. La solitude était profonde. Pas une voile dans la baie, pas un paysan dans la campagne. À perte de vue l’étendue déserte. Les grands chardons des sables frissonnaient. Le ciel blanc du crépuscule jetait sur la grève une vaste clarté livide. Au loin les étangs dans la plaine sombre ressemblaient à des plaques d’étain posées à plat sur le sol. Le vent soufflait du large.