Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Théâtre, tome II.djvu/378

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Elle dormait sur moi, tout comme la voici !
Quand elle s’éveillait, si vous saviez quel ange !
Je ne lui semblais pas quelque chose d’étrange,
Elle me souriait avec ses yeux divins,
Et moi, je lui baisais ses deux petites mains !
Pauvre agneau ! — Morte ! oh non ! elle dort et repose.
Tout à l’heure, messieurs, c’était bien autre chose,
Elle s’est cependant réveillée. — Oh ! j’attend.
Vous l’allez voir rouvrir ses yeux dans un instant !
Vous voyez maintenant, messieurs, que je raisonne,
Je suis tranquille et doux, je n’offense personne,
Puisque je ne fais rien de ce qu’on me détend,
On peut bien me laisser regarder mon enfant.

Il la contemple.

Pas une ride au front ! pas de douleurs anciennes !
J’ai déjà réchauffé ses mains entre les miennes,
Voyez, touchez-les donc un peu !

Entre un médecin.

LA FEMME, à Triboulet.

Voyez, touchez-les donc un peu !Le chirurgien.


TRIBOULET, au chirurgien qui s’approche.

Tenez, regardez-la, je n’empêcherai rien.
Elle est évanouie, est-ce pas ?


LE CHIRURGIEN, examinant Blanche.

Elle est évanouie, est-ce pas ?Elle est morte.

Triboulet se lève debout d’un mouvement convulsif.
Le médecin poursuit froidement.

Elle a dans le flanc gauche une plaie assez forte.
Le sang a dû causer la mort en l’étouffant.


TRIBOULET.

J’ai tué mon enfant ! j’ai tué mon enfant !

Il tombe sur le pavé.