Page:Hugo - Actes et paroles - volume 3.djvu/37

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d’armure prouve l’invulnérable. Pas de situation plus haute que celle-là, être tombé pour la justice. En face de l’empereur se dresse le proscrit. L’empereur damne, le proscrit condamne. L’un dispose des codes et des juges ; l’autre dispose des vérités. Oui, il est bon d’être tombé. La chute de ce qui a été la prospérité fait l’autorité d’un homme ; votre pouvoir et votre richesse sont souvent votre obstacle ; quand cela vous quitte, vous êtes débarrassé, et vous vous sentez libre et maître ; rien ne vous gêne désormais ; en vous retirant tout on vous a tout donné ; tout est permis à qui tout est défendu ; vous n’êtes plus contraint d’être académique et parlementaire ; vous avez la redoutable aisance du vrai, sauvagement superbe. La puissance du proscrit se compose de deux éléments ; l’un qui est l’injustice de sa destinée, l’autre qui est la justice de sa cause. Ces deux forces contradictoires s’appuient l’une sur l’autre ; situation formidable et qui peut se résumer en deux mots :

Hors la loi, dans le droit.

Le tyran qui vous attaque rencontre pour premier adversaire sa propre iniquité, c’est-à-dire lui-même, et pour deuxième adversaire votre conscience, c’est-à-dire Dieu.

Combat, certes, inégal. Défaite certaine du tyran. Allez devant vous, justicier.

Ce sont ces réalités que, dans les premières pages de cette introduction, nous avons essayé d’exprimer en cette ligne :

L’exil, c’est la nudité du droit.

XIV

C’est pourquoi celui qui écrit ceci a été pendant ces dix-neuf années content et triste ; content de lui-même, triste d’autrui ; content de se sentir honnête, triste du crime à