Page:Hugo - Actes et paroles - volume 5.djvu/201

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heure à la tribune. Il s’agissait de l’élection de Garibaldi à Alger. On voulait l’écarter parce qu’il n’a pas la qualité de français.

« La France accablée, mutilée en présence de toute l’Europe, n’a rencontré que la lâcheté de l’Europe. Aucune puissance européenne ne s’est levée pour défendre la France, qui s’était levée tant de fois pour défendre l’Europe. Un homme est intervenu. (Ici les murmures commencent.) Cet homme est une puissance. (A droite, grognements.) Cet homme, qu’avait-il ? (Rires des cacochymes.) Une épee. Cette épee avait délivré un peuple. (La voix de l’orateur, si forte, est couverte par les violentes apostrophes de la majorité.) Elle pouvait en sauver un autre. (Dénégations frénétiques, jeunes et vieux se lèvent ivres de colère.) Enfin cet homme a combattu. (Ici l’orage crève. C’est un torrent. La voix du président est étouffée ; le bruit de la clochette n’arrive pas jusqu’à nous, et pourtant elle est agitée avec vigueur. On n’entend plus que ces mots : Ce n’est pas vrai, c’est un lâche ! Garibaldi ne s’est jamais battu ! Enfin le président saisit un moment de calme relatif et, avec colère, lance une dure apostrophe à cette assemblée que l’intolérance aveugle. Hugo, calme et serein, les mains dans les poches, laisse passer l’orage.)

« Je ne veux blesser personne. Il est le seul des généraux qui ont lutté pour la France qui n’ait pas été vaincu. » (A ces mots la rage déborde : A l’ordre ! à la porte ! Qu’il ne parle plus ! Nous ne voulons plus l’entendre ! Tels sont les cris qui s’échangent au milieu d’une exaspération croissante.)

Hugo se croise les bras et attend. Le président refuse de rappeler l’orateur à l’ordre. Hugo, alors, avec une grande dignité : « Il y a trois semaines, vous avez refusé d’entendre Garibaldi-(Vous mentez ; tout le monde sait que ce n’est pas vrai ! lui crie-t-on),-aujourd’hui vous refusez de m’entendre, je me retire. »

Alors Ducrot s’élance à la tribune et demande une enquête pour savoir si Garibaldi est venu défendre la France ou la République universelle.-Il est accueilli par des hourrahs de : Oui, oui.

Le président, consterné, demande publiquement à Hugo de retirer la lettre par laquelle il donne sa démission. Sollicité vivement par quelques amis, Hugo répond avec fermeté : Non ! non ! non !

L’Assemblée comprend l’acte ridicule qu’elle a commis et le président demande de ne lire cette lettre que demain.

Les hommes de cœur et d’intelligence ne peuvent plus rester…-GERMAIN CASSE.




Deux délégations ont été adressées à Victor Hugo pour l’engager à retirer sa démission.

La première venait au nom de la réunion républicaine de la rue de l’Académie. M. Bethmont a pris la parole.