Page:Hugo - Actes et paroles - volume 7.djvu/36

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Laissez-moi vous le dire. Deux choses me frappent.

Voici la première :

La France était en pleine paix, en pleine convalescence de ses derniers malheurs, en pleine possession d’elle-même ; la France donnait au monde tous les grands exemples, l’exemple du travail, de l’industrie, du progrès sous toutes les formes ; elle était superbe de tranquillité et d’activité ; elle se préparait à convier tous les peuples chez elle ; elle prenait l’initiative de l’Exposition universelle, et, meurtrie, mutilée, mais toujours grande, elle allait donner une fête à la civilisation. En ce moment-là, dans ce calme fécond et auguste, quelqu’un la trouble. Qui ? Son gouvernement. Une sorte de déclaration de guerre est faite. À qui ? A la France en paix. Par qui ? Par le pouvoir. ( Oui ! oui ! — Adhésion unanime.)

La seconde chose qui me frappe, la voici :

Si la France est en paix, l’Europe ne l’est pas. Si au dedans nous sommes tranquilles, au dehors nous sommes inquiets. Le continent prend feu. Deux empires se heurtent en orient ; au nord, un autre empire guette ; à côté du nord, une puissante nation voisine fait son branle-bas de combat. Plus que jamais, il importe que la France, pour rester forte, reste paisible. Eh bien ! c’est le moment qu’on choisit pour l’agiter ! C’est pour le pays l’heure de la prudence ; c’est pour le gouvernement l’heure des imprudences.

Ces deux grands faits, la paix en France, la guerre en Europe, exigeaient tous les deux un gouvernement sage. C’est l’instant que prend le gouvernement pour devenir un gouvernement d’aventure.

Une étincelle suffirait pour tout embraser ; le gouvernement secoue la torche. ( Sensation profonde.)

Oui, gouvernement d’aventure. Je ne veux pas, pour l’instant, le qualifier plus sévèrement, espérant toujours que le pouvoir se sentira averti par l’énormité de certains