Page:Hugo - Actes et paroles - volume 7.djvu/65

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Messieurs, qu’est-ce que cette réunion ? c’est une simple fête toute cordiale et toute littéraire ; ces fêtes-là sont toujours les bienvenues, même et surtout dans les jours orageux et difficiles.

Il ne sera pas dit ici une seule parole qui puisse faire une allusion quelconque à une autre passion que celle de l’idéal et de l’absolu, dont nous sommes tous animés.

Nous sommes dans la région sereine. Nous nous rencontrons sur le calme sommet des purs esprits. Il y a des orages autour de nous, il n’y en a pas en nous. ( Applaudissements.)

Il est bon que le monde littéraire jette son reflet lumineux et sans nuage sur le monde politique. Il est bon que notre région paisible donne aux régions troublées ce grand exemple, la concorde, et ce beau spectacle, la fraternité. ( Triple salve d’applaudissements.)

Je comptais m’arrêter ici, mais vos applaudissements m’encouragent à continuer ; je dirai donc quelques mots encore.

Messieurs, à mon âge, il est rare qu’on n’ait pas, qu’on ne finisse pas par avoir une idée fixe. L’idée fixe ressemble à l’étoile fixe ; plus la nuit est noire, plus l’étoile brille. ( Sensation.)

Il en est de même de l’idée. Mon idée m’apparaît avec d’autant plus d’éclat que le moment est plus ténébreux. Cette idée fixe, je vais vous la dire : -C’est la paix.

Depuis que j’existe, dès les commencements de ma jeunesse jusqu’à cet achèvement qui est ma vieillesse, je n’ai jamais eu qu’un but, la pacification ; la pacification des esprits, la pacification des âmes, la pacification des cœurs. Mon rêve aurait été : plus de guerre, plus de haine ; les peuples uniquement occupés de travail, d’industrie, de bien-être, de progrès, la prospérité par la tranquillité. ( Mouvement. Applaudissements.)

Ce rêve, quelles que soient les épreuves passées ou futures, je le continuerai, et je tâcherai de le réaliser sans me lasser jamais, jusqu’à mon dernier souffle.