Page:Hugo - Les Misérables Tome III (1890).djvu/344

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et des fainéants ! Et eux ! qu’est-ce qu’ils sont donc, et qu’est-ce qu’ils ont été dans leur temps ? des voleurs ! ils ne se seraient pas enrichis sans cela ! Oh ! l’on devrait prendre la société par les quatre coins de la nappe et tout jeter en l’air ! tout se casserait c’est possible, mais au moins personne n’aurait rien ce serait cela de gagné ! — Mais qu’est-ce qu’il fait donc, ton muf‍le de monsieur bienfaisant ? viendra-t-il ? L’animal a peut-être oublié l’adresse ! Gageons que cette vieille bête…

En ce moment on frappa un léger coup à la porte, l’homme s’y précipita et l’ouvrit en s’écriant avec des salutations profondes et des sourires d’adoration :

— Entrez, monsieur ! daignez entrer, mon respectable bienfaiteur, ainsi que votre charmante demoiselle.

Un homme d’un âge mûr et une jeune fille parurent sur le seuil du galetas.

Marius n’avait pas quitté sa place. Ce qu’il éprouva en ce moment échappe à la langue humaine.

C’était Elle.

Quiconque a aimé sait tous les sens rayonnants que contiennent les quatre lettres de ce mot : Elle.

C’était bien elle. C’est à peine si Marius la distinguait à travers la vapeur lumineuse qui s’était subitement répandue sur ses yeux. C’était ce doux être absent, cet astre qui lui avait lui pendant six mois, c’était cette prunelle, ce front, cette bouche, ce beau visage évanoui qui avait fait la nuit en s’en allant. La vision s’était éclipsée, elle reparaissait !

Elle reparaissait dans cette ombre, dans ce galetas, dans ce bouge difforme, dans cette horreur !