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464 Les Misérables. ― Fantine.  

souffle. La religieuse écouta. Voici ce que Fantine chantait :

 


Nous achèterons de bien belles choses
En nous promenant le long des faubourgs.
Les bleuets sont bleus, les roses sont roses,
Les bleuets sont bleus, j’aime mes amours.


La vierge Marie auprès de mon poêle
Est venue hier en manteau brodé,
Et m’a dit : — Voici, caché sous mon voile,
Le petit qu’un jour tu m’as demandé. —
Courez à la ville, ayez de la toile,
Achetez du fil, achetez un dé.


Nous achèterons de bien belles choses
En nous promenant le long des faubourgs.


Bonne sainte Vierge, auprès de mon poêle
J’ai mis un berceau de rubans orné.
Dieu me donnerait sa plus belle étoile,
J’aime mieux l’enfant que tu m’as donné.
— Madame, que faire avec cette toile ?
— Faites un trousseau pour mon nouveau-né.


Les bleuets sont bleus, les roses sont roses,
Les bleuets sont bleus, j’aime mes amours.


— Lavez cette toile. — Où ? — Dans la rivière.
Faites-en, sans rien gâter ni salir,
Une belle jupe avec sa brassière
Que je veux broder et de fleurs emplir.
— L’enfant n’est plus là, madame, qu’en faire ?
— Faites-en un drap pour m’ensevelir.


Nous achèterons de bien belles choses
En nous promenant le long des faubourgs.
Les bleuets sont bleus, les roses sont roses,
Les bleuets sont bleus, j’aime mes amours.