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III

ÉCLAIRCISSEMENT ET ASSOMBRISSEMENT



Enjolras était allé faire une reconnaissance. Il était sorti par la ruelle Mondétour en serpentant le long des maisons.

Les insurgés, disons-le, étaient pleins d’espoir. La façon dont ils avaient repoussé l’attaque de la nuit leur faisait presque dédaigner d’avance l’attaque du point du jour. Ils l’attendaient et en souriaient. Ils ne doutaient pas plus de leur succès que de leur cause. D’ailleurs un secours allait évidemment leur venir. Ils y comptaient. Avec cette facilité de prophétie triomphante qui est une des forces du français combattant, ils divisaient en trois phases certaines la journée qui allait s’ouvrir : à six heures du matin, un régiment, « qu’on avait travaillé » tournerait ; à midi, l’insurrection de tout Paris ; au coucher du soleil, la révolution.

On entendait le tocsin de Saint-Merry qui ne s’était pas tu une minute depuis la veille ; preuve que l’autre barricade, la grande, celle de Jeanne, tenait toujours.

Toutes ces espérances s’échangeaient d’un groupe à l’au-