Page:Hugo - Les Travailleurs de la mer Tome I (1891).djvu/21

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



VI

LES ROCHERS


Dans l’archipel de la Manche, la côte est presque partout sauvage. Ces îles sont de riants intérieurs d’un abord âpre et bourru. La Manche étant une quasi Méditerranée, la vague est courte et violente, le flot est un clapotement. De là un bizarre martellement des falaises, et l’affouillement profond de la côte.

Qui longe cette côte passe par une série de mirages. À chaque instant le rocher essaie de vous faire sa dupe. Où les illusions vont-elles se nicher ? Dans le granit. Rien de plus étrange. D’énormes crapauds de pierre sont là, sortis de l’eau sans doute pour respirer ; des nonnes géantes se hâtent, penchées sur l’horizon ; les plis pétrifiés de leur voile ont la forme de la fuite du vent ; des rois à couronnes plutoniennes méditent sur de massifs trônes à qui l’écume n’est pas épargnée ; des êtres quelconques enfouis dans la roche dressent leurs bras dehors, on voit les doigts des mains ouvertes. Tout cela c’est la côte informe. Approchez.