Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/51

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chages de cette forêt de Der où la Haute-Borne est encore debout comme le spectre d’un druide, dans les mystérieuses ruines de la Noviomagus Vadicassium, la Champagne a sa Palenquè.

Depuis les romains jusqu’à nous, investies tour à tour par les alains, les suèves, les vandales, les bourguignons et les allemands, les villes champenoises bâties dans les plaines se sont laissé brûler plutôt que de se rendre à l’ennemi. Les villes champenoises construites sur des rochers ont pris pour devise : Donec moveantur. C’est le sang de toute la vieille Gallia comata, le sang des cattes, des lingons, des tricasses, des catalauniens, par qui fut vaincu le vandale, des nerviens, par qui fut battu Syagrius, qui coule aujourd’hui dans les veines héroïques du paysan champenois. C’était un champenois que ce soldat Bertèche, qui, à Jemmapes, tua de sa main sept dragons autrichiens. En 451, les plaines de la Champagne ont dévoré les huns ; si Dieu avait voulu, en 1814, elles auraient dévoré les russes.

Ne parlons donc jamais qu’avec respect de cette admirable province, qui, lors de l’invasion, a sacrifié la moitié de ses enfants à la France. La population du seul département de la Marne, en 1813, était de 311,000 habitants ; en 1830, elle n’était encore que de 309,000. Quinze ans de paix n’avaient pas suffi à la réparer.

Donc, pour en revenir à l’explication que j’avais besoin de vous donner, quand on l’applique à la Champagne, le mot bête change de sens. Il signifie alors seulement naïf, simple, rude, primitif, au besoin redoutable. La bête peut fort bien être aigle ou lion. C’est ce que la Champagne a été en 1814.