Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/60

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sans air, divisée en deux compartiments oblongs par une épaisse cloison qui la coupait transversalement. La portière unique était disposée de manière qu’une fois verrouillée elle revenait toucher la cloison du haut en bas et fermait à la fois les deux compartiments. Aucune communication n’était possible entre les deux cellules, garnies, pour tout siège, d’une planche percée d’un trou. La case de gauche était vide ; mais celle de droite était occupée. Il y avait là, dans l’angle, à demi accroupi comme une bête fauve, posé en travers sur le banc faute d’espace pour ses genoux, un homme, — si cela peut s’appeler encore un homme, — une espèce de spectre au visage carré, au crâne plat, aux tempes larges, aux cheveux grisonnants, aux membres courts, poilus et trapus, vêtu d’un vieux pantalon de toile trouée et d’un haillon qui avait été un sarrau. Le misérable avait les deux jambes étroitement liées par des nœuds redoublés qui montaient presque jusqu’aux jarrets. Son pied droit disparaissait dans un sabot ; son pied gauche déchaussé était enveloppé de langes ensanglantés qui laissaient voir d’horribles doigts meurtris et malades. Cet être hideux mangeait paisiblement un morceau de pain noir. Il ne paraissait faire aucune attention à ce qui se passait autour de lui. Il ne s’interrompit même pas pour voir la malheureuse compagne qu’on lui amenait. Elle cependant, la tête renversée en arrière, résistant toujours aux argousins qui s’efforçaient de la pousser dans le compartiment vide, continuait de crier : — Je ne veux pas ! jamais ! jamais ! Tuez-moi plutôt ! — Elle n’avait pas encore vu l’autre. Tout à coup, dans une de ses convulsions, ses yeux tombèrent dans la voiture et aperçurent dans l’ombre l’affreux prisonnier. Alors ses cris cessèrent subitement, ses genoux ployèrent, elle se détourna en tremblant de tous ses membres, et à peine eut-elle la force de dire avec une voix éteinte, mais avec une expression d’angoisse que je n’oublierai de ma vie : — Oh ! cet homme !

En ce moment-là l’homme la regarda d’un air farouche et stupide, comme un tigre et un paysan qu’il était. J’avoue qu’ici je n’y pus résister. Il était clair que c’était une voleuse, peut-être même quelque chose de pis, que