Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/63

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voyageurs pour déjeuner. Les verrières ont dû être belles en effet ; il en reste à l’abside quelques fragments tristement noyés dans de larges fenêtres de vitres blanches. Mais ce qui est remarquable, c’est l’église elle-même, qui est du quinzième siècle, et d’une jolie masse, avec des baies à meneaux flamboyants et un charmant porche adossé au portail méridional. On a scellé sur deux piliers, à droite et à gauche du chœur, deux bas-reliefs du temps de Charles VIII, malheureusement barbouillés de chaux et mutilés. Toute l’église est badigeonnée en jaune avec nervures et clefs de voûte de couleurs variées. C’est fort bête et fort laid. En me promenant dans le bas côté nord de l’abside, j’ai aperçu sur le mur une inscription qui rappelle que Mézières fut cruellement assaillie et bombardée par les prussiens en 1815. Au-dessous de l’inscription on a ajouté ces deux lignes en latin quelconque : Lector, leva oculos ad fornicem et vide quasi quoddam divinœ manus indicium. J’ai levé les yeux ad fornicem, et j’ai vu une large déchirure à la voûte au-dessus de ma tête. Dans cette déchirure, une grosse bombe se tient suspendue à des saillies de la pierre par ses oreillons, que je distinguai parfaitement. C’est une bombe prussienne, qui, après avoir percé le toit de l’église, les charpentes et les massifs de maçonnerie, s’est arrêtée ainsi comme par miracle au moment de tomber sur le pavé. Depuis vingt-cinq ans, elle est restée là comme Dieu l’y a accrochée. Autour de la bombe, on voit pêle-mêle des briques brisées, des moellons, des plâtras, les entrailles de la voûte. Cette bombe et cette plaie béante au-dessus de la tête des passants font un étrange effet. L’effet est plus singulier encore, par tous les rapprochements qui viennent à l’esprit, quand on songe que c’est précisément sur Mézières que furent jetées en 1521 les premières bombes dont la guerre se soit servie. De l’autre côté de l’église, une autre inscription constate que les noces de Charles IX avec Élisabeth d’Autriche furent « heureusement célébrées », feliciter celebratœ fuere, dans l’église de Mézières, le 17 novembre 1570, — deux ans avant la Saint-Barthélémy.

Le grand portail est justement de cette même époque, et par conséquent d’un beau et noble goût. Par malheur,