Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/71

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tour qui tenait jadis en respect le petit Givet. Le sentier est âpre et occupe autant les mains que les pieds ; il faut un peu escalader le rocher, lequel est de granit fort beau et fort dur.

Arrivé, non sans quelque peine, au pied de la tour qui tombe en ruines et dont les baies romanes ont été défoncées, je l’ai trouvée barricadée par une porte ornée d’un gros cadenas. J’ai appelé, j’ai frappé, personne n’a répondu. Il m’a fallu redescendre comme j’étais monté. Cependant mon ascension n’a pas été tout à fait perdue. En tournant autour de la vieille masure dont le parement est presque complètement écorcé, j’ai remarqué, parmi les décombres qui s’écroulent chaque jour en poussière dans la ravine, une assez grosse pierre où l’on pouvait distinguer encore des vestiges d’inscription. J’ai regardé attentivement ; il ne restait plus de l’inscription que quelques lettres déchiffrables.

Voici dans quel ordre elles étaient disposées :


LO QVE     SA  L  OMBRE
PARA S   MO DI S L
ACAV  P     S OTROS.


Ces lettres, profondément creusées dans la pierre, semblaient avoir été tracées avec un clou ; et, un peu au-dessous, le même clou avait gravé cette signature restée intacte : — IOSE GVTIEREZ. 1643. J’ai toujours eu le goût des inscriptions. J’avoue que celle-ci m’a beaucoup occupé. Que signifiait-elle ? En quelle langue était-elle ? Au premier abord, en faisant quelques concessions à l’orthographe, on pouvait la croire écrite en français et y lire ces choses absurdes : Loque sale. — Ombre Parasol. — Modis (maudis) la cave. — Sot. Rosse. Mais on ne pouvait former ces mots qu’en ne tenant aucun compte des lettres effacées, et d’ailleurs il me semblait que la grave signature castillane. José Gutierez, était là comme une protestation contre ces pauvretés. En rapprochant cette signature du mot para et du mot otros qui sont espagnols, j’en ai conclu que cette inscription devait être écrite en castillan, et, à