Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tournant du chemin. C’est la Roche à Bayard, me dit le conducteur. La route passe entre la montagne et cette borne colossale, puis elle tourne encore, et, au pied d’un énorme bloc de granit couronné d’une citadelle, l’œil plonge dans une longue rue de vieilles maisons, rattachée à la rive gauche par un beau pont et dominée à son extrémité par les faîtages aigus et les larges fenêtres à meneaux flamboyants d’une église du quinzième siècle.

C’est Dinant.

On s’arrête à Dinant un quart d’heure, juste assez de temps pour remarquer dans la cour des diligences un petit jardin qui seul suffirait pour vous avertir que vous êtes en Flandre. Les fleurs en sont fort belles, et au milieu de ces fleurs il y a trois statues peintes, en terre cuite. L’une de ces statues est une femme. C’est plutôt un mannequin qu’une statue, car elle est vêtue d’une robe d’indienne et coiffée d’un vieux chapeau de soie. Au bout de quelques instants, à un petit bruit qu’on entend et à un rejaillissement singulier qu’on aperçoit sous ses jupes, on s’aperçoit que cette femme est une fontaine.

Le clocher de l’église de Dinant est un immense pot à l’eau. Cependant, vue du pont, la façade de l’église a un grand caractère, et toute la ville se compose à merveille.

À Dinant on quitte la rive droite de la Meuse. Le faubourg de la rive gauche, qu’on traverse, se pelotonne admirablement autour d’une vieille douve croulante de l’ancienne enceinte. Au pied de cette tour, dans un pâté de maisons, j’ai entrevu en passant un exquis châtelet du quinzième siècle avec sa façade à volutes, ses croisées de pierre, sa tourelle de briques et ses girouettes extravagantes.

Après Dinant la vallée s’ouvre, la Meuse s’élargit ; on distingue sur deux croupes lointaines de la rive droite deux châteaux en ruine ; puis la vallée s’évase encore, les rochers n’apparaissent plus que çà et là sous de riches caparaçons de verdure ; une housse de velours vert, brodée de fleurs, couvre tout le paysage. De toutes parts débordent les houblonnières, les vergers, les arbres qui ont plus de fruits que de feuilles, les pruniers violets, les pommiers rouges,