Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/86

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Liège est une de ces vieilles villes qui sont en train de devenir villes neuves, — transformation déplorable, mais fatale ! — une de ces villes où partout les antiques devantures peintes et ciselées s’écaillent et tombent et laissent voir en leur lieu des façades blanches enrichies de statues de plâtre ; où les bons vieux grands toits d’ardoise chargés de lucarnes, de carillons, de clochetons et de girouettes, s’effondrent tristement, regardés avec horreur par quelque bourgeois hébété qui lit le Constitutionnel sur une terrasse plate pavée en zinc ; où l’octroi, temple grec orné d’un douanier, succède à la porte-donjon flanquée de tours et hérissée de pertuisanes ; où le long tuyau rouge des hauts fourneaux remplace la flèche sonore des églises. Les anciennes villes jetaient du bruit, les villes modernes jettent de la fumée.

Liège n’a plus l’énorme cathédrale des princes-évêques bâtie en l’an 1000, et démolie en 1795 par on ne sait qui ; mais elle a l’usine de M. Cockerill.

Liège n’a plus son couvent de dominicains, sombre cloître d’une si haute renommée, noble édifice d’une si fière architecture ; mais elle a, précisément sur le même emplacement, un théâtre embelli de colonnes à chapiteaux de Conte où l’on jouera l’opéra-comique, et dont Mlle Mars a posé la première pierre.

Liège est encore, au dix-neuvième siècle comme au seizième, la ville des armuriers. Elle lutte avec la France pour les armes de guerre, et avec Versailles en particulier pour les armes de luxe. Mais la vieille cité de Saint-Hubert,