Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/374

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plus divers entre les réalisations et les virtualités de l’art moderne. C’est eux encore qui nous donneront l’image la plus exacte de la littérature telle qu’elle est, telle qu’elle sera de plus en plus, c’est-à-dire une force sociale tellement puissante qu’elle peut se manifester impunément, et même bienfaisamment, anarchique.


M. AUGUSTE VACQUERIE


— Oh ! vous trouverez en moi un adversaire acharné de toutes les étiquettes et de toutes les classifications ! Symbolistes, psychologues, naturalistes, qu’est-ce que c’est que tout cela ? Vous savez que Victor Hugo a protesté toute sa vie contre cette épithète de romantique, et que, moi-même, je ne l’ai jamais acceptée. Malgré l’admiration très grande que j’ai pour Hugo, malgré le culte que je voue à son incomparable génie, je n’ai jamais consenti qu’on me prît pour un de ses disciples.

Car qu’y a-t-il de commun, par exemple, entre le génie de Hugo et celui de Gautier ? Prenez, dans leurs œuvres, des choses qu’on devrait pouvoir comparer : le Rhin, du premier, et le Voyage en Espagne, du second. Quel abîme entre les deux visions ! Et pourtant, l’admiration de Gautier pour Hugo tenait du délire, c’était le dieu dans lequel il aurait voulu s’ab-