Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/41

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ment d’une ère de certitudes et de solidité politiques, morales et religieuses ? Je n’en sais rien : nous le verrons ou nous ne le verrons pas.

Il me semble évident, d’ailleurs, que le naturalisme a été fort utile à son heure : il a introduit la précision dans le roman et la vie dans le style narratif, ce qui est bien quelque chose ; sans parler des libertés et des hardiesses qu’il a introduites dans les lettres, et qui, grâce à lui, sont maintenant acceptées. Aussi, à ce qu’il me semble, y a-t-il une filiation directe entre le naturalisme et le psychologisme malgré les différences apparentes.

Je ne me hasarderai pas à prophétiser l’avenir de la littérature actuelle. Les psychologues et les symbolistes me semblent des frères, à peu près jumeaux ; les différences qui les séparent tiennent surtout, je crois, à des différences de tempérament et d’imagination.

Les poètes sont symbolistes ; les esprits précis se contentent d’être psychologues. Peut-être sont-ce les symbolistes qui rendront à la littérature le signalé service de la sauver de l’abstraction classique. À coup sûr elle en est menacée. Mais elle a des chances d’éviter l’écueil, pour cette raison que rien ne se recommence exactement.

La question : où allons-nous ? demeure donc absolument réservée. Dans le gâchis des opinions contradictoires, des écoles tâtonnantes, de toutes les idées