Page:Huysmans - A Rebours, Crès, 1922.djvu/297

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qu’il professait sur les autres arts. En fait de musique religieuse, il n’approuvait réellement que la musique monastique du moyen âge, cette musique émaciée qui agissait instinctivement sur ses nerfs, de même que certaines pages de la vieille latinité chrétienne ; puis, il l’avouait lui-même, il était incapable de comprendre les ruses que les maîtres contemporains pouvaient avoir introduites dans l’art catholique ; d’abord, il n’avait pas étudié la musique avec cette passion qui l’avait porté vers la peinture et vers les lettres. Il jouait, ainsi que le premier venu, du piano, était, après de longs ânonnements, à peu près apte à mal déchiffrer une partition, mais il ignorait l’harmonie, la technique nécessaire pour saisir réellement une nuance, pour apprécier une finesse, pour savourer, en toute connaissance de cause, un raffinement.

D’autre part, la musique profane est un art de promiscuité lorsqu’on ne peut la lire chez soi, seul, ainsi qu’on lit un livre ; afin de la déguster, il eût fallu se mêler à cet invariable public qui regorge dans les théâtres et qui assiège ce Cirque d’hiver où, sous un soleil frisant, dans une atmosphère de lavoir, l’on aperçoit un homme à tournure de charpentier, qui bat en l’air une rémolade et massacre des épisodes dessoudés de Wagner, à l’immense joie d’une inconsciente foule !

Il n’avait pas eu le courage de se plonger dans ce bain de multitude, pour aller écouter du Berlioz dont