Page:Huysmans - A Rebours, Crès, 1922.djvu/299

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les arcanes de la musique et ne peuvent ou ne veulent se rendre à Bayreuth, qu’à rester chez soi, et c’est le raisonnable parti qu’il avait su prendre.

D’un autre côté, la musique plus publique, plus facile et les morceaux indépendants des vieux opéras ne le retenaient guère ; les bas fredons d’Auber et de Boïeldieu, d’Adam et de Flotow et les lieux communs de rhétorique professés par les Ambroise Thomas et les Bazin lui répugnaient au même titre que les minauderies surannées et que les grâces populacières des Italiens. Il s’était donc résolument écarté de l’art musical, et, depuis des années que durait son abstention, il ne se rappelait avec plaisir que certaines séances de musique de chambre où il avait entendu du Beethoven et surtout du Schumann et du Schubert qui avaient trituré ses nerfs à la façon des plus intimes et des plus tourmentés poèmes d’Edgar Poë.

Certaines parties pour violoncelle de Schumann l’avaient positivement laissé haletant et étranglé par l’étouffante boule de l’hystérie ; mais c’étaient surtout des lieders de Schubert qui l’avaient soulevé, jeté hors de lui, puis prostré de même qu’après une déperdition de fluide nerveux, après une ribote mystique d’âme.

Cette musique lui entrait, en frissonnant, jusqu’aux os et refoulait un infini de souffrances oubliées, de vieux spleen, dans le cœur étonné de contenir tant de misères confuses et de douleurs vagues. Cette musique de désolation, criant du plus profond de l’être, le