Page:Huysmans - A Rebours, Crès, 1922.djvu/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


invariable métrique, sans fantaisie, sans pitié, bourrée de mots inutiles, de remplissages, de chevilles aux boucles identiques et prévues ; cette misère de l’épithète homérique revenant sans cesse, pour ne rien désigner, pour ne rien faire voir, tout cet indigent vocabulaire aux teintes insonores et plates, le suppliciaient.

Il est juste d’ajouter que si son admiration pour Virgile était des plus modérées et que si son attirance pour les claires éjections d’Ovide était des plus discrètes et des plus sourdes, son dégoût pour les grâces éléphantines d’Horace, pour le babillage de ce désespérant pataud qui minaude avec des gaudrioles plâtrées de vieux clown, était sans borne.

En prose, la langue verbeuse, les métaphores redondantes, les digressions amphigouriques du Pois Chiche, ne le ravissaient pas davantage ; la jactance de ses apostrophes, le flux de ses rengaines patriotiques, l’emphase de ses harangues, la pesante masse de son style, charnu, nourri, mais tourné à la graisse et privé de moelles et d’os, les insupportables scories de ses longs adverbes ouvrant la phrase, les inaltérables formules de ses adipeuses périodes mal liées entre elles par le fil des conjonctions, enfin ses lassantes habitudes de tautologie, ne le séduisaient guère ; et, pas beaucoup plus que Cicéron, César, réputé pour son laconisme, ne l’enthousiasmait ; car l’excès contraire se montrait alors, une aridité de pète sec, une stérilité de memento, une constipation incroyable et indue.