Page:Huysmans - Le Drageoir aux épices, 1921.djvu/62

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tide marchèrent l’un vers l’autre et, sans dire mot, se bourrèrent la face de coups de poing. Avant que l’on fût venu les séparer, Just avait un œil gonflé comme un œuf poché et Aristide le nez rouge comme une framboise meurtrie. On les emmena au poste, et chacun d’eux put réfléchir à son aise sur les vicissitudes et horreurs de la guerre.

Une demi-heure après que cette rixe avait mis en émoi tout le marché, la petite Claudine arriva avec sa mère, la maman Turtaine, dans une grande charrette encombrée de légumes. Claudine sauta vivement à terre, caressa le nez du cheval et se mit à courir pour se réchauffer. C’était merveille de la voir se trémousser avec son madras sur la tête, sa grosse robe de burat gris, ses manchettes de couleur et ses sabots bourrés de paille.