Page:Huysmans - Le Drageoir aux épices, 1921.djvu/64

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coupé par le milieu et couché sur le dos, arrondissait sa vasque jaune sur la pourpre sombre des pivoines jetées en tas, pêle-mêle, sur le rebord du trottoir.

Trois boutiques étaient seules ouvertes, celles d’un boucher, d’un marchand de vin et d’un pharmacien. La porte vitrée du cabaret était imprégnée d’une buée qui ne laissait voir les buveurs qu’à travers un voile. Ils ressemblaient ainsi à des ombres chinoises. Ces silhouettes dansaient sur le mur et sur la porte comme sur un drap blanc, les nez se dessinaient bizarrement, les moustaches semblaient démesurées, les barbes devenaient colossales et les chapeaux se cassaient de burlesque façon. Par instants, la porte s’ouvrait, un bruit de voix s’échappait de la salle, et celui qui sortait s’enfonçait les mains dans les poches et courait bien vite à sa