Page:Ingres d’après une correspondance inédite, éd. d’Agen, 1909.djvu/71

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on est dur, plus on veut avoir et moins on croit posséder. Sans la stupide dissipation de ce qu’on appelle le monde et la société, on vit, avec un petit nombre d’amis que l’on s’est faits par l’expérience et l’inclination, et l’on exerce délicieusement les beaux-arts. Avec de l’esprit et du goût surtout, les lettres et connaissances humaines peuvent occuper tous vos instants et vous rendre un autre homme que le vulgaire. Les sources de ces jouissances, tu le sais, elles sont inaltérables et inépuisables. Voilà donc, selon moi, l’homme heureux, le vrai sage, la vraie philosophie et le vrai secret de se rendre heureux.

Donc, d’après tout ce que tu me dis de toi et ce que je sais, cher ami, de ta manière d’user de la vie, je crois te reconnaître dans ce portrait. Si cela n’était pas, je voudrais que cela fut pour ton bonheur et pour tout le bien que je te veux, mon unique ami ! Es-tu de mon avis ? Quand donc pourrai-je partager un peu ce beau château en Espagne, avec toi ? Car, Dieu merci ! quoique nous ayons déjà vécu, nous pouvons compter un bon nombre de beaux jours encore, selon les probabilités. Ah ! tu aimes mon griffonnage : eh bien, en voilà ! Je suis si heureux, d’ailleurs, de pouvoir te communiquer mes sensations ! Non seulement c’est un plaisir, mais un besoin impérieux de cœur et d’âme.

Mais venons à nos choses présentes. Ton avant-dernière m’avait beaucoup affligé, tout autant que toi-même. Cependant, je l’ai prise de toi,